• Extrait 3 : suite de la suite du début... sans pour autant être la fin !

     

    (Un échange de regards avec Karine confirme l'impression de Jérôme, à savoir que sa femme a formulé une remarque à son fils, rapport à l'usage abusif de ses écrans divers et variés, ce qui a provoqué la bouderie du drôle, terme à consonance affectueuse, utilisé dans la région en parlant d'un gamin.)

     

     - Eh bien, mon garçon, tu fais la tête ? Je croyais que tu adorais la quiche au thon de ta mère ?

    Jean-Lol grommelle sans changer de position :

     - Non, rien à voir avec ça. Et puis, pour ce qui est de la quiche comme du thon, je suis bien entouré…

    - Tu te prends pour quoi ? C'est Jean-Mongol que tes parents auraient dû t'appeler !

     - Tu peux parler ! Dans le genre prénom idiot, tu n'as rien à m'envier ! Au moins, le mien n'est pas sorti d'un sexe !

     Karine et Jérôme sourient avec une pointe de lassitude.

     - Voyons, ma chérie, c'est très joli comme prénom, même si ce n'est pas tout à fait celui que nous voulions te donner. Tu sais bien que tu aurais dû t'appeler Cypriane, et que ton père avait tellement bu lorsqu'il t'a déclarée à l’état-civil, le jour de ta naissance, que l'officier qui t'a enregistrée s'est trompé et a oublié le « a ». Ton père avait déjà commencé à fêter ton arrivée, et ne s'est rendu compte de l'erreur que lorsqu'il a commencé à dessoûler, c'est-à-dire bien plus tard. Tu sais, nous avons voulu le faire rectifier, mais il aurait fallu engager toute une procédure, et puis, il faut bien avouer qu'il nous a beaucoup plu… C'est pourquoi tu t'appelles ainsi, et tu n'es pas la seule à le porter… Bien sûr, au début, ça a surpris notre entourage, mais par la suite tout le monde a adoré, à commencer par...

     - Et voilà ! A force de chercher des prénoms de plus en plus originaux, on en arrive à ce genre de bêtises ! Et que dire du mien ! Jean-Lol, tu parles d'un cadeau !

     - Bon, lui répond son père, au départ ta mère voulait Jean-Pol, mais finalement on s'est dit que comme ta sœur avait un prénom un peu particulier, on allait te faire le même cadeau justement. Là encore, une fois passé l'effet de surprise, tes grands-parents ont beaucoup apprécié, et nos amis également. Et le succès que tu as sur la toile !

     - Et dans la cour de l'école, je ne vous raconte pas ! Quel dommage que vous vous soyez arrêtés en si bon chemin ! Je n'ose pas imaginer la suite, que dis-je, les suites possibles, par exemple une petite sœur Anaëlle, et à la mairie ils auraient bêtement oublié la voyelle avec le tréma… Cette fois, ce n'est pas moi qui l'aurais eu dans le derche !

     - N'empêche, tu nous remercieras plus tard, Jean-Lol Martinaud, ça sonne mieux et c'est plus original qu'Antoine ou Nicolas.

     La dernière phrase de Jérôme est prononcée d'un ton sans appel possible.

      - Et puis, enchaîne son père, tu devrais passer moins de temps sur ton ordinateur ou ta console de jeux, et plus à lire ou faire du sport. Tu es en train de t'abrutir le cerveau et les yeux.

     - Heureusement que mon oncle Sylvain est plus ouvert que vous ! Sinon, j'en serais à écrire mes devoirs sur des parchemins…

     Cette dernière réplique provoque un sourire amusé sur les visages des parents, et finit par détendre l'atmosphère qui commençait à devenir pesante. Le frère aîné de Karine, enseignant et célibataire sans enfant, est un pur geek qui a choisi les enfants de sa sœur pour transmettre son virus. Malheureusement pour eux, il habite à Angoulême, soit à une centaine de kilomètres, pas très loin de chez Marie-Fréquentine, grand-mère de Karine et Sylvain, pensionnaire d'une maison de retraite située à deux cents mètres du domicile de son petit-fils.

     - Tiens, à propos de famille, je te rappelle que nous allons déjeuner chez tes parents, dimanche prochain. Et c'est aussi leur anniversaire de mariage.

     Le ton, un peu sec comme souvent, de Karine ne cache rien du peu d'emballement qu'elle manifeste pour cette sortie familiale. Autant elle peut être très féminine et langoureuse avec son homme, autant son abord est plutôt du genre froid et cassant. Cette apparente contradiction du feu sous la glace n'est pas pour rien dans son pouvoir de séduction, dont Jérôme est la première victime.

     - Chic ! On va bien s'amuser…

     L'enthousiasme de l’adolescente n'a pas grand-chose à envier à celui de sa mère.

     - Ouais, une après-midi de gâchée. Dire que je pourrais m'entraîner au tennis. Tu sais que le moniteur a trouvé que mon revers avait bien progressé, ce tantôt ?

     En disant cela, Jean-Lol regarde son père, histoire de répondre à sa remarque sur son début d'addiction aux écrans…

     - Vous n'avez vraiment pas le sens de la famille ! Heureusement que je suis là pour vous rappeler les saines valeurs traditionnelles, à vous, bande de petits individualistes égoïstes…

     Comme souvent avec Jérôme, il est difficile de savoir si c'est du lard ou du cochon. Sa remarque n'appelle pas de réponse de la part de ses interlocuteurs, si ce n'est, après un silence de quelques secondes et alors que Karine se lève pour aller chercher la corbeille de fruits, dessert imposé en cette période de chaleur estivale, cette question de Cyprine :

     - Est-ce que tata Véronique sera là ?

     (à suivre... )


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